• Maman, je voulais que tu voles !

    Texte : Artémis4

    Illustration : A faire

    Ce texte est finaliste au Prix Fanfiction Harry Potter 2016 sur Short Edition. Passez voter si vous voulez soutenir l'auteur ;)

     

    Cette nuit, papa est encore parti sans prévenir. Papa part toujours sans prévenir. Sans dire pourquoi. Tout le temps que j’ai passé à observer d’autres enfants, j’ai remarqué que les petits garçons vouent une admiration sans limites à leur père. Moi, je ne comprends pas pourquoi. Pour moi, un papa, ce n’est qu’un bon à rien, qui est toujours tellement, tellement méchant... Mon papa à moi ne mérite pas qu’on l’admire. Il mérite qu’on le déteste, oh oui, qu’on le haïsse ! J’admire ma mère et je méprise mon père. Parce que papa n’a jamais été gentil. Ni avec moi, ni avec maman. Maman, il la frappe tout le temps, et elle, elle crie, elle hurle ! Il lui dit des choses terribles et elle ne répond pas. J’aimerais tellement être plus grand, plus fort ! Je me déteste. Je déteste le petit être chétif que je suis, lâche et faible, incapable de protéger maman.

    Aux premières lueurs du jour, j’ai vu papa dans la rue, par la fenêtre. Instinctivement, je me suis recroquevillé. A cet instant, j’aurais voulu me ratatiner sur moi-même tant et tant que j’aurais fini par devenir invisible. Je prends mon courage à deux mains. J’ouvre les yeux. Papa et toujours dehors, peinant seulement à tenir debout. Il tient une bouteille dans la main, il titube ; il parle si fort que ça va réveiller les voisins. Eux, ils savent ce qu’est mon père. Mais ils ne font rien, rien du tout pour nous aider.

    La porte de l’entrée claque. Il est dans la maison ! Je suis sur le point de prendre une chaise quand je me dis que si je me barricade dans la chambre comme ça, je serais encore plus lâche que je ne le suis déjà. Alors je ne le fais pas. Tout mon corps tremble. J’entends ses pas dans l’escalier, sa respiration saccadée, ses grognements.

    - Eileen ! Réponds ! Tu te caches, hein ? Tu vas voir ce que je fais aux femmes qu’obéissent pas, moi !

    J’entends un gémissement étouffé dans la chambre d’à côté. Maman ! Maman ! Ne te laisse pas faire !

    - Non, Tobias, écoute, je n’ai pas fait exprès, je dormais ! Tobias, non ! Arrête !

    Je tremble si fort que je manque de tomber. Un cri de douleur retentit, et mon père hurle encore :

    - Dis pardon ! Allez, dis pardon ! Sale monstre, dis pardon !

    Ma mère hurle de douleur. Elle dit pardon. Elle le supplie de la lâcher. J’entends des gémissements, des hurlements, puis des pleurs. Papa la tape. Maman, maman ! Tu es plus forte que lui, tu es une sorcière ! Pourquoi tu ne sors pas ta baguette ? Pourquoi ? Quand j’étais petit, on faisait des potions dans la salle à manger. Tu utilisais souvent ta baguette pour faire la vaisselle ! Maintenant, tu caches tes livres dans un coffre au grenier. Maintenant, tu es comme une moldue, sans magie, sans baguette ! Il l’a cassé, c’est ça ? Et tu n’as pas osé en reprendre une. J’ai vu et j’ai senti la magie disparaitre en toi, petit à petit, remplacée par la peur. Tu cries. Je n’y tiens plus. Je sors de ma chambre. Les cris sont si forts, si forts ! Je suis devant ta chambre, et la porte est ouverte. Je suis devant ta chambre et je te vois, par terre, en pleurs, le visage déformé par la souffrance. L’homme te tient par les cheveux, et un rictus abominable tort son visage quand il te regarde – quand il me regarde. Je crie à mon tour. Papa se précipite vers moi, maman hurle de plus belle.

    - Tobias, laisse-le ! Ce n’est qu’un enfant ! Laisse-le !

    Il te saisit par les poignets et te tire dans le couloir. Je me précipite vers le rez-de-chaussée. Et toi, maman, tu me suis, tu me dis de courir ; et là, je te vois, en haut de l’escalier, qui tourne le dos au monstre. Je te hurle de courir, maman. Je te l’ai hurlé, je t’ai dit « Maman, il est derrière toi ! » Mais tu t’es retournée trop tard. J’ai vu la scène, j’ai vu, impuissant, comment il est arrivé derrière toi, avec son sourire abominable, comment il t’a attrapé, et comment, sans aucune hésitation, avec un rire fou, il t’a jeté du haut des marches. Je t’ai vu tomber, comme une poupée à qui on aurait coupé les fils. Je t’ai entendu hurler, j’ai hurlé ; j’aurais voulu hurler tellement fort que tu te serais envolée.

    J’ai baissé les yeux et je t’ai vu, à mes pieds, inerte. J’ai baissé les yeux sur ton visage triste, sur les larmes qui sillonnaient ton visage. J’ai levé les yeux vers celui qui t’avait fait ça et cette fois, maman, j’ai hurlé comme je n’avais jamais hurlé. J’ai hurlé si fort que le verre a explosé, que les fenêtres et les bouteilles ont volé en éclats. Finalement, maman, tu t’es bien envolée. Mais tu n’as jamais atterri de nouveau. Maman, je voulais que tu voles !

    ***

    - Severus ! Severus, par Merlin, réveillez-vous !

    Albus Dumbledore, Minerva McGonagall et Poppy Pomfresh se tenaient au pied du lit du Serpentard. Les deux professeurs le maintenaient dans le lit tant il tremblait, tandis que l’infirmière lui administrait une potion à base de bézoard. Severus suffoquait, il tremblait et gémissait. Sa fièvre était si élevée qu’il délirait.

    - Albus, il est trop faible et le poison trop puissant. Ce n’est pas un poison mortel, il vise seulement à faire du mal psychologiquement et physiquement. Mais Severus a une réaction allergique. Ce qui se passe dans sa tête l’épuise, il faut y mettre un terme ! Cela doit faire remonter ses peurs les plus profondes, des souvenirs qu’il avait enfouis au plus profond de lui-même pour s’en protéger !

    - Pensez-vous qu’une intervention par légilimencie serait trop risquée ?

    Severus hurla.

    - Je ne vois pas d’autre solution, Albus !

    - Albus, faite-le ! lui cria Minerva, des larmes dans les yeux.

    Le vieil homme hocha la tête. Forçant le Serpentard à ouvrir les yeux, il leva sa baguette et murmura le sortilège qui lui permettrait d’avoir accès à ses pensées. Ce qu’il y découvrit fut atroce. C’était un chaos total, et le souvenir qui se déroulait sous ses yeux lui glaça le sang. La barrière mentale de Severus avait était brisée par la potion ; il la remplaça comme il le put. Il y parvint de justesse et fut expulsé de l’esprit de l’homme en noir. Il était sauvé.
    Lorsque Severus ouvrit enfin les yeux, ils étaient seuls. Albus le prit dans ses bras avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, et murmura, tout en le berçant :

    - Je suis désolé, mon garçon. Je suis tellement, tellement désolé...


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